La place de la Culture dans les journées “Open days 2011” et le FEC2011

Mes derniers billets ayant été écrits en espagnol au mois d’octobre, je reprends leur contenu afin d’en présenter un résumé en français. Ils concernaient la place du thème de la culture dans les « Open Days 2011 » et le « Forum européen de la Culture », conférences organisées toutes les deux par la Commission européenne et tenues à Bruxelles au cours des semaines centrales d’octobre.

 

La place de la Culture dans les Open Days 2011

Sous le slogan « Investir dans l’avenir de l’Europe: les régions s’engagent en faveur d’une croissance intelligente, durable et inclusive », la Direction générale de la politique régionale de la Commission européenne et le Comité des Régions de l’Union européenne ont organisé conjointement pour la neuvième fois les « Open Days – semaine européenne des villes et régions », du 10 au 13 octobre 2011 à Bruxelles, lors d’une période particulièrement importante de discussion sur les propositions de la « politique de cohésion 2014-2020 » qui venaient d’être publiées juste quelques jours avant.

Je faisais partie des 5.700 participants qui se sont rendus à Bruxelles pour un programme composé de 110 ateliers organisés autour de trois priorités thématiques : « Europe 2020 », « Une mise en œuvre plus efficace (better delivery) » et « aspects géographiques (geography matters) ». Le public était formé par des membres du CdR, des députés européens, d’autres élus, des experts et des praticiens de la politique régionale, des universitaires, des acteurs du monde de l’entreprise, des représentants des institutions de l’UE et des organisations de la société civile, entre autres.

Je me suis particulièrement intéressé aux ateliers dont le contenu était lié au secteur culturel et créatif (essentiellement 4 ateliers) ainsi qu’à d’autres traitant le thème du développement régional. Ici, je vais me référer essentiellement aux 3 ateliers suivants :

(1) Les Capitales européennes de la culture stimulent les industries culturelles et créatives

(2) Les industries culturelles et créatives : innovation et stratégies de spécialisation intelligente (smart specialisation strategies)

(3) Collectivités territoriales pour le patrimoine (historique et culturel) et pour le développement durable

Malheureusement, l’horaire de deux ateliers coïncidait et je n’ai pas pu participer à « Villes et régions créatives pour une Europe innovante ».

Les Capitales européennes de la culture stimulent les industries culturelles et créatives (mardi 11 octobre, 11h15-13h)

Modérateur de l'atelier sur les CECs et les ICCs

Dans le cadre des Open Days 2011, il n’est pas surprenant que l’un des axes pour aborder le thème des Capitales européennes de la Culture (CECs) soit l’impulsion donnée aux ICCs dans les programmes de certaines CECs invitées:

◦ pour l’année dernière, Essen – Ruhr 2010 (Allemagne)

◦ pour l’année en cours, Tallinn 2011 (Estonie) et Turku 2011 (Finlande), et

◦ pour les prochaines années, Maribor 2012 (Slovénie), Košice 2013 (Slovaquie) et Umeå 2014 (Suède).

Bernd Fesel, représentant du “Centre européen pour l’économie créative“, a rappelé, par rapport au programme de « Essen Ruhr 2010 », que leur démarche était basée sur un débat critique sur les thèses de Richard Florida dans le domaine des villes créatives. A Essen et dans la Ruhr une stratégie appelée « Creative.quarters Ruhr » a été développée et consistait en un processus participatif avec les acteurs culturels de la ville et de sa région et les parties prenantes pour la rénovation et la transformation de diverses installations industrielles qui abondent dans la région, en intégrant des stratégies durables qui favorisent les interactions interdisciplinaires, avec un accent sur le moyen et long terme (par opposition à d’autres actions ponctuelles uniques pendant l’année de la capitale). Il a également souligné le rôle de la communication et du networking avec les ICCs de villes comme Shanghai, Rotterdam, Košice, Rome et Londres. Enfin, il a donné un exemple très concret à travers le Dortmunder U, complexe culturel ambitieux qui comprend plusieurs institutions et entreprises culturelles et créatives et qui vise à renforcer les synergies entre toutes ces composantes.

Le représentant de Tallinn 2011, Toomas Vitsuit, avec une approche plus politique, a souligné la nécessité d’une plus grande coopération dans ce domaine entre les CECs et a révélé qu’une déclaration solennelle sera diffusée à la suite de l’expérience de cette année.

Mme Cay Sevón, représentante de Turku 2011, a rappelé qu’un bon indicateur d’une économie dynamique est le nombre d’employés liés au secteur culturel, directement ou indirectement. Cette année, outre la création d’un nouveau centre culturel – le LOGOMO – avec un investissement important du secteur privé (plus encore que celui de la ville elle-même), Mme Sevón a souligné le fait que les universités ont développé une relation étroite avec le programme de la capitale européenne de la culture, à travers 5 thèses de doctorat et 20 thèses de maîtrise sur des questions du développement et de l’impact du programme. Elle a également insisté sur le fait qu’ils ont abordé la relation entre la culture et la santé ainsi que la culture et le bien-être personnel en tant que composantes du programme.

La représentante de Maribor 2012, Lilijana Stepančič, a reconnu que dans la conception initiale du programme étaient prévus le renouvellement de chaque espace culturel de la ville et la promotion de leur utilisation pour des activités liées à la créativité. La crise économique a empêché la mise en œuvre de cette volonté et l’accent devait changer bien évidemment. Alors que Maribor a déjà un développement culturel à fort potentiel, le sujet des ICCs n’était pas dans le cœur du programme, mais leur intérêt a été reconnu, de sorte que diverses expositions et conférences aborderont ces concepts et serviront de plate-forme pour les développements futurs au-delà de 2012.

Pour 2013, le représentant de Košice, Michal Hladky, a renvoyé aux réflexions de Richard Florida sur les trois T: technologie, talent et tolérance. En fait, il est possible de constater que le programme a déjà un vocabulaire lié à une certaine vision de l’innovation et de la créativité, le programme s’appelle clairement «Košice Interface 2013», la culture est « le programme », le citoyen est « l’utilisateur » et la ville « l’interface ». Il a également mentionné la relation avec l’université, les centres culturels, les résidences artistiques (Kasarne / Kulturpark) et les « pépinières » créatives, soulignant les points forts et les enjeux dans la ville: les arts visuels et les nouvelles technologies, la musique, le cinéma et les documentaires, la vie urbaine… La démarche va au-delà de la ville elle-même, impliquant sa région (Pentapolitana, en Slovaquie orientale), la ville de Prešov avec laquelle ils ont un partenariat. Ils prêtent aussi une attention particulière aux pays voisins qui sont en dehors de l’espace Schengen. Enfin, l’intervenant a mentionné un exemple de la liaison avec la communauté locale pour promouvoir le programme : en raison des changements technologiques liés au chauffage urbain, un certain nombre de bâtiments sont devenus obsolètes. Le programme a sélectionné des bâtiments dans cinq arrondissements afin de les transformer en centres culturels communautaires.

La dernière CEC représentée était Umeå 2014 (Suède), probablement l’intervention qui répondait le mieux au thème de l’atelier. Mme Anna Olofsson s’est penchée sur la façon dont sa ville assure la promotion de l’entrepreneuriat, la créativité et l’innovation, dans le cadre – et en dehors – du programme de la future capitale. Umeå est une ville moyenne dans le nord de la Suède, avec une population d’environ 150.000 habitants. Elle dispose de deux universités et d’une jeune population. Mme Olofsson a déclaré que dans sa ville on préfère parler d’individus (entrepreneurs) plutôt que d’industries et que l’accent est mis sur la formation dans ce domaine depuis l’école, à travers un programme couronné de succès appelé « jeunes entrepreneurs » et qui permet à ceux qui souhaitent s’orienter dans le domaine des entreprises créatives de bénéficier de l’aide des pépinières d’entreprises qui encouragent l’auto-emploi et la création. Par ailleurs, on favorise la génération d’une atmosphère créative dans la ville dans ses lieux culturels, commerces, bâtiments… ainsi que la promotion du travail en réseau et la diffusion de l’information sur les sources de financement pour les projets. Un aspect important de l’orientation fournie par la politique de la ville est celui d’enseigner aux entrepreneurs créatifs comment améliorer la rentabilité de leurs entreprises sur le long terme, de manière durable, et faire émerger des modèles d’affaires efficaces qui puissent inspirer les autres (enabling strategies / stratégies qualifiantes).

En plus de ces intervenants, un espace a été ouvert à un représentant de la région de Perm (Russie) qui a dévoilé la dynamique de création qu’est en train d’adopter la région et sa capitale afin d’être un modèle dans le domaine culturel – cela a aussi déjà été présenté par le New York Times – à travers la sensibilisation et la coopération internationale (signature de l’Agenda 21 de la culture, future adhésion au réseau Eurocities…).

Les industries culturelles et créatives : innovation et stratégies de spécialisation intelligente (smart specialisation strategies S³) (mardi 11 octobre, 14h30-17h)

Atelier sur les ICCs et les S3

Animé par Xavier Troussard, Chef de l’Unité « Politiques culturelles, diversité et dialogue interculturel », le séminaire a comporté cinq exposés sur la relation entre les ICCs et les stratégies de spécialisation intelligente. Le fondement de cette analyse se trouve dans la communication « La contribution de la politique régionale à une croissance intelligente dans le cadre de la stratégie ‘Europe 2020’ » qui indique que « les industries culturelles et créatives, qui se développent au niveau local et régional, occupent une position stratégique pour relier la créativité à l’innovation. Elles peuvent contribuer à stimuler les économies locales, encourager de nouvelles activités, créer des emplois nouveaux et durables, avoir des retombées significatives sur d’autres industries et accroître l’attractivité des régions et des villes ». Elles ont donc un rôle important à jouer dans l’analyse et la mise en place des stratégies de spécialisation intelligente. Chaque intervention a été très précise et je préfère vous référer aux présentations qui se trouvent sur le site web des Open Days à partir des liens suivants. D’abord, Mme Luisa Sanches, analyste de politique sur l’innovation à la Commission européenne, a proposé un cadre conceptuel sur les stratégies de spécialisation intelligente (). Elle a signalé qu’il n’était pas question de « spécialisation » en termes de concurrence entre les régions, mais de diversification de technologies spécialisées et de fertilisations croisées entre secteurs. Elle a présenté un schéma sur les grands clusters au Danemark où la relation entre les industries de « l’expérience », la mode et le design apparaît clairement. Par ailleurs, une plate-forme sur les  a été constituée qui mettra en relation les régions européennes, les centres de recherche universitaires (comme l’Université de Séville), les unités de la Commission européenne et autres parties prenantes dans la stratégie. Pour l’instant, la communication sur ce sujet est en préparation en même temps que l’évolution du projet est peaufinée. Ensuite, Mme Sylvia Ammann, Directrice de « Inforelais » et représentant la collectivité territoriale allemande du Landkreis Lüchow-Dannenberg, a présenté un exemple concret de mise en réseau des ICCs dans leur territoire, ce qui leur a permis de développer un projet européen d’échanges d’information et de réflexion sur les politiques en faveur des ICCs, financé en partie par le programme INTERREG IVC. Par ailleurs, M. Ragnar Siil, sous-secrétaire d’État du Ministère de la Culture d’Estonie, a pour sa part abordé la question de manière plus politique, en citant notamment un manuel de politiques qui identifie, compare et modélise de bonnes pratiques dans le domaine des ICCs. Il s’agit de l’objectif d’un groupe de travail dont il est président dans le cadre de la méthode ouverte de coordination employée pour un dialogue structuré avec la Direction Générale Éducation et Culture et qui cherche à promouvoir la création des conditions nécessaires pour le développement des ICCs, pour leur consolidation et pour mettre en évidence leurs résultats positifs dans d’autres domaines de l’économie. En outre, Mme Claire Nauwelaers a réalisé une intervention détaillée sur l’apprentissage tiré du travail sur l’innovation dans le cadre de l’OCDE. Enfin, M. Mike Coyne, du Centre pour les services de stratégie et d’évaluation, a cité le travail de Dominique Foray et du groupe d’experts sur « la connaissance pour la croissance » en matière d’innovation et du processus de découverte. Il a aussi parlé des thèses de Richard Florida sur l’attractivité des régions à travers la promotion de la créativité et la stimulation des consommateurs sophistiqués et exigeants. Il a aussi cité le besoin de considérer des préoccupations sociales et environnementales (énergie, recyclage, biotechnologies, vieillissement de la population et santé publique). Il faut en effet changer les habitudes, promouvoir la participation des habitants et leur ouverture aux solutions innovantes.

Collectivités territoriales pour le patrimoine (historique et culturel) et pour le développement durable (mercredi 12 octobre, 14h30-17h)

L’atelier visait l’échange d’idées et de pratiques exemplaires, mettant l’accent sur le potentiel exploité et non exploité du rôle des acteurs publics et privés dans la relation entre culture et patrimoine historique par rapport au paradigme du développement économique durable. Pour les organisateurs de cet atelier, la considération de deux facteurs (diversité territoriale et diversité du patrimoine) peut servir de base pour l’approfondissement de l’analyse : les statistiques montrent que l’Europe concentre la majorité des sites du patrimoine mondial listés par l’UNESCO et ceux-ci sont néanmoins situés dans des territoires très différents. Cette réflexion fonde la mission de leur « conglomérat »  d’autorités locales européennes réunies avec l’ambition de peser davantage dans les décisions prises à Bruxelles sur les subventions pour les projets culturels liés à la conservation et à la valorisation du patrimoine de leurs territoires. Les membres représentent essentiellement le niveau municipal, de taille moyenne, certains sont périphériques, mais d’autres interviennent au niveau régional comme la Région de la Vénétie. Les dix présentations étaient assez hétérogènes, reflétant les différentes approches des membres, certains plus axés sur la défense politique de l’importance du patrimoine en tant qu’élément d’identité et de croissance économique, et d’autres sur la promotion touristique. Les participants provenaient d’Italie (région de la Vénétie, région de Toscane), du Portugal (Guimarães 2012), d’Espagne (Province d’Orense), de Serbie (Sumadija District), de Malte, de Slovaquie (région de Trencin), de Lettonie (Valmiera Ville), de Pologne (Région d’Opolskie) et d’Estonie (Saaremaa). On peut dire que leurs activités en tant que réseau sont au stade de gestation. Le modérateur a réitéré son intérêt pour la création d’une «efficacité collective» grâce au partage de leurs expériences.

Quant à l’atelier 4 « Villes et régions créatives pour une Europe innovante », auquel je n’ai pas pu participer, son objectif était de montrer comment les villes et les régions créatives mettent l’innovation et la culture au centre de leur travail. En apportant le progrès dans tous les domaines – économique, social et culturel – les villes et les régions améliorent leur attractivité et la qualité de vie des habitants et promeuvent la compétitivité. Elles génèrent des dynamiques créatives qui animent l’économie fondée sur la connaissance, la croissance économique et la revitalisation sociale. Dans le cadre de la stratégie de l’Europe 2020, il faut identifier de nouvelles voies pour que les activités innovantes liées à l’économie créative puissent enrichir un territoire. Le rôle de l’art et de la culture en relation avec la créativité, l’innovation et la compétitivité sur un territoire a été expliqué dans le cadre de cet atelier. Une présentation sur la région polonaise de Wielpolska est disponible.

Après ces journées, une pensée personnelle s’est solidement confirmée : si nous devions déceler pour les prochaines années la priorité dans le domaine des politiques culturelles promues au niveau des autorités de l’Union européenne, ce serait l’accent mis sur la relation entre la culture, l’innovation et la créativité, et ce en soulignant notamment le thème des « industries culturelles et créatives » (ICCs). Cette orientation est fondée en partie sur la reconnaissance de la contribution de la culture à l’économie et à la croissance économique dont la démonstration et la défense ont occupé de nombreux forums, des réunions et des formations au cours des dix dernières années. La tendance a été confirmée en particulier depuis que 2009 a été proclamée « année européenne de la créativité et de l’innovation » par initiative de la Commission européenne (Direction générale Education et Culture). Dans le cadre de cette année a été élaboré et publié le «Livre vert – Libérer le potentiel des industries culturelles et créatives ». Actuellement, il semble que le nouveau programme dédié à la culture pour la période de programmation 2014-2020 comportera des éléments du programme « Culture », « Media » et « Media Mundus » dans un programme intégral qui donnera un rôle central – presque hégémonique – à l’innovation et les ICCs. Ces tendances ont été au cœur du programme des journées « European Culture Forum », organisées par la Direction Générale Education et Culture.

Atelier Collectivités territoriales pour le patrimoine et le développement durable

Forum Européen de la Culture  2011

Le « Forum européen de la Culture » a été organisé par la Direction Education et Culture de la Commission européenne et a eu lieu les 20 et 21 octobre 2011 à Bruxelles. Je faisais partie des 800 participants inscrits issus du monde des organisations artistiques et culturelles européennes, experts et praticiens des politiques culturelles, représentants de fondations, porteurs de projets, universitaires, représentants des institutions de l’UE, des organisations de la société civile, des industries culturelles et créatives, entre autres. L’inscription a été ouverte en juillet 2011 et les participants ont été invités en septembre à compléter un questionnaire afin de signaler les thèmes qui les intéressaient en particulier. Le programme a été composé par 4 séances plénières et 4 séances informatives (avec des ateliers simultanés). Les présentations et les résumés sont disponibles sur la page du site internet de la Commission européenne – Culture. Pour accompagner le programme, un concert de l’Orchestre de chambre d’Europe a été offert afin de fêter le 30e anniversaire de cet ensemble musical soutenu par l’UE.

Il me semble nécessaire de rendre compte de certaines inquiétudes et postures tacites des organisateurs et des participants.

« La contribution de la culture à l’économie : un long débat fatigant »

Malgré des présentations qui mettaient en valeur l’importance de la culture et sa contribution aux diverses facettes de la vie des habitants de l’Union européenne, il a été rappelé par Rudolf Niessler, représentant de la Politique Régionale de la Commission européenne, que pour fonder la demande d’un budget plus important pour la culture, il faut des preuves concrètes de sa contribution économique. Alors que quelques minutes avant, le Professeur Pirluigi Sacco venait de présenter clairement l’état des recherches en cours sur les effets indirects ou ‘invisibles’ de la culture! Il y avait eu aussi la question de Ilona Kish, qui semblait un peu découragée : « Pourquoi est-il encore difficile de convaincre ceux en dehors du secteur culturel ? ». Cela a montré encore une fois des contradictions flagrantes par rapport à des déclarations d’autres personnes et des documents de la propre Direction de la politique régionale. Et en même temps, c’était un témoignage du manque de mémoire sur l’analyse et les recherches qui ont été faites par et pour la Commission européenne dans ce domaine, il suffit de citer les deux dernières études : « La contribution de la culture au développement local et régional – les fonds structurels » étude réalisée en 2010 par le Centre pour les services de stratégie et d’évaluation (CSES) et ERICArts et « L’économie de la culture en Europe », étude réalisée en 2009 par KEA European Affairs, en collaboration avec Media Group (Turku School of Economics) et MKW Wirtschaftsforschung GmbH.

« La tour d’ivoire »

Considérons maintenant ma deuxième question de préoccupation. En cette période de grande incertitude, en vue des éléments à ma disposition en tant que citoyen et en tant qu’acteur dans le secteur culturel, la situation est comme si nous allions en bateau à travers une zone de brouillard intense, sans savoir s’il y a des icebergs, ou même, sans savoir s’il y a déjà eu une collision avec l’un de ces icebergs. Toutefois, lors de la conférence, on semblait naviguer dans des eaux calmes et sous un ciel clair. Je veux dire que la crise actuelle n’a pas reçu la place qu’elle méritait dans les réflexions. Honnêtement, j’ai senti qu’il n’y avait aucune prise de conscience de la situation économique traversée par l’Union européenne. Il n’y a presque pas eu de commentaires sur les contraintes budgétaires. Aucune voix ne s’est élevée pour demander que le futur programme « Europe créative » prenne en compte la crise et ses effets déjà perceptibles aujourd’hui. Peu de gens semblaient penser aux manifestations « monstre » qui avaient lieu à Athènes ces jours-là ou les mouvements des « indignés » qui se propagent à travers le monde …

Public, es-tu là ?

Compte tenu de ces deux situations, on aurait pu s’attendre à une dynamique plus active, plus questionnante, moins passive… Je ne pense pas que c’était une question de manque de temps. Les questions et commentaires ont été peu nombreux et les participants manquaient de vitalité. Le ton politiquement correct a prévalu. Le public était-il en quelque sorte fatigué « des mêmes discours» ? Avaient-ils peur de générer des controverses ? Est-ce qu’il est difficile de discuter avec les autorités de la Commission européenne car d’une certaine manière elles représentent la source des financements pour les projets européens ? Je suppose qu’il y avait un peu de tout, y compris la timidité habituelle à intervenir en présence de 800 collègues, la fatigue après plusieurs présentations, ou la faim … mais les sandwichs froids pouvaient attendre…

Et pourtant elle tourne …

Bien sûr, je suis plus que convaincu de l’utilité des conférences de cette nature, car elles réunissent un large éventail de représentants de la culture en Europe et au-delà. De nombreux contacts peuvent être établis à partir des discussions formelles ou informelles, avec des effets directs et indirects qui sont précieux et qui participent à l’intégration européenne et au développement culturel à l’intérieur et en dehors de son territoire.

Nous ne devons pas oublier ce qui se passe dans d’autres contextes, et il a été très positif de citer le cas de la Biélorussie, où les droits humains sont systématiquement bafoués, comme Natalia Kali l’a exposé.

Dans deux ans, si le Forum Européen de la Culture est toujours organisé, j’espère qu’il y aura une plus grande possibilité d’interaction entre les participants, en s’appuyant sur les TICs, et que les points indiqués par les participants dans le questionnaire préalable seront pris en considération plus efficacement.

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